Patrick Amoyel, philosophe et psychanalyste, est directeur des recherches Freudiennes à Nice. Il intervient auprès du personnel éducatif des collèges et des lycées du sud de la France. Préoccupé par les questions liées à l’enfance, il décrit à l’occasion d’un débat organisé par l’ALED à Nice le 11 mars dernier, les conditions de possibilité d’une école débarrassée de toute violence.
Après quelques précisions de vocabulaire, Patrick Amoyel établit, comme préalable à son propos, une distinction entre l’agressivité (naturelle, évidement utile à la survie et à l’évolution de l’individu) et la violence (expression de l’agressivité qui, associée à la force, transgresse les règles de vie en commun). L’agressivité est innée, les formes de violence, bien que naturelles, sont quant à elles fonction du contexte dans lequel l’individu évolue.
La question de la violence définitivement liée à celle du sens
Cette question de la violence se pose lorsque l’individu ne peut trouver du sens à son existence dans un environnement qui lui en parait dépourvu. Or le sens est ce qui fonde la qualité de l’humain, et le tire de son animalité. Chez l’adulte, l’absence de paix, de justice ou de vérité produit la représentation d’un monde dépourvu de sens. Ces « conditions du sens » (paix, justice et vérité) sont les trois mêmes conditions pour qu’un enfant puisse se développer pleinement : l’enfant a besoin d’être assuré de trouver ce qu’on lui a promis en l’incitant à se socialiser. La violence de l’enfant se développera chaque fois que cette promesse ne sera pas tenue, c’est-à-dire chaque fois que l’enfant sera confronté, là où il ne s’y attend pas, au conflit, à l’injustice et au mensonge.
L’école, lieu de l’ordre symbolique
L’enfant est prêt à reconnaitre l’école comme l’un de ces lieux symboliques où règne cet ordre fondé sur la paix, la justice et la vérité. C’est pourquoi l’école, pour contenir la violence à l’extérieur de ses murs doit répondre à cette confiance, y satisfaire sans faille et, ce faisant, produire le sens dont l’enfant à besoin afin de ne pas recourir lui-même à la violence.
Le constat que Patrick Amoyel tire de son expérience auprès des institutions d’enseignement est sans équivoque : « lorsque l’école produit du sens, la violence des élèves baisse, jusqu’à disparaitre ». La condition est donc, selon lui, de continuer d’exiger un comportement pacifique à l’intérieur de l’école, un esprit de justice des adultes envers les élèves, et la confiance en la raison comme outil de construction des savoirs.
La remise en cause postmoderne
Si l’idéal de développement de l’individu dans les sociétés occidentales modernes (issues des Lumières) s’est longtemps appuyée sur la reconnaissance des principes de liberté, de raison ainsi que sur le rôle joué par l’individu dans l’élaboration de son propre chemin, force est de constater que le postmodernisme dans lequel nous sommes définitivement entrés et qui s’emploie à substituer l’affect à la raison, l’esprit libertaire à la liberté et l’individualisme au développement de l’individu, remet en cause la question du respect, au sein même de l’école, des conditions de paix, de justice et de liberté, pourtant nécessaires au rejet de la violence.
L’école pourra-t-elle encore, dans de telles conditions, lutter et « faire face » au déferlement d’une société qui se prive elle-même de sens ?

Vous devez être connecté pour déposer une réponse.